Visit the political website Lode Vereeck Prof.dr. Lode Vereeck

Wallonie-Flandre : Magnette se heurte au mur Bourgeois

Wednesday 21 September 2016  David Coppi

Devant les étudiants à Hasselt, les deux ministres-présidents décrivent leur Wallonie et leur Flandre sans jamais se rencontrer. Paul Magnette reste dispo, dit croire à l’Etat fédéral, mais Geert Bourgeois est dans son monde : le confédéralisme…

Ce n’est ni le lieu ni le moment pour dialoguer. De fait, pour cette séance inaugurale exceptionnelle de la faculté d’Economie de l’Université de Hasselt, les centaines d’étudiants (du professeur Lode Vereeck) qui se pressaient mardi dans l’auditoire central ont eu droit à des exposés bien parallèles de la part des ministres-présidents wallon et flamand. Les deux ne se rencontreront jamais. Le premier – dans son néerlandais irréprochable – fait quelques pas en direction du second, qui ne lui rend rien. Le socialiste se heurte au mur Bourgeois...

 

1. Pas d’empathie après les chiffres wallons encourageants.

Paul Magnette (PS) décrit une Wallonie qui tient la route et la comparaison en termes de croissance du PIB ( « Sur la période 2000-2015, on fait moins bien que la Flandre, mais mieux que l’eurozone, les Pays-Bas, la France… » ) comme de création d’emplois ( « On fait un peu moins bien que la Flandre, mais mieux que l’eurozone, la France, l’Allemagne… » ), aussi en investissements. Le ministre-président consent : « Notre gros problème, c’est les PME, on n’en crée pas assez. » Il ramasse : « Donc, je ne dirai pas que tout va bien en Wallonie, mais qu’il faut arrêter avec les clichés. »

Message reçu zéro, sur cinq en face – ou à peu près. Son homologue flamand (N-VA) ne relève pas. Il voit de bonnes choses dans le plan Marshall, tout n’est pas noir, mais peu lui chaut, il n’a d’yeux que pour la Flandre, « qui figure parmi les leaders économiques en Europe, qui a un enseignement de qualité, qui est à la pointe dans l’innovation, qui a un budget en équilibre, qui connaît un boom dans ses exportations, où le chômage atteint 5,2 % seulement, qui veut plus de compétitivité, de productivité… » Son train file. Le ministre-président flamand ne s’arrête pas en si bonne voie.

 

2. Pas de concession sur les transferts.

Les deux ne se retrouvent pas davantage sur les transferts Nord-Sud. Paul Magnette l’a joué modéré, expliquant que c’est comme ça dans tous les pays où des Régions évoluent à plusieurs vitesses, et qu’en l’occurrence, les flux financiers entre la Flandre et la Wallonie sont inférieurs à ceux qui ont cours en Espagne, en Suisse, au Canada. Il a expliqué qu’en pensions, en soins de santé à certains égards, le sud du pays aidera à financer le nord dans l’avenir, parce que la démographie veut cela. Il a ajouté que tout investissement d’un montant de 100 euros en Wallonie rapporte une plus-value de 36 euros à la Flandre, pour 31 à la Wallonie elle-même, donc que les échanges s’équilibrent de cette façon. Et conclu, par allusion à des propos de Bart De Wever jadis, que les Wallons « ne sont pas comme un junkie qui attend son money-shot ». Au contraire : « Les transferts Nord-Sud, nous devons les réduire, pour les faire disparaître. »

Ce qui laisse Geert Bourgeois indifférent. Le ministre-président flamand maintient que les transferts Nord-Sud s’élèvent à 6 milliards chaque année, que la balance commerciale n’a rien à voir là-dedans, et qu’avec le coût de l’énergie et les bouchons, c’était là l’un des gros problèmes auxquels la Flandre avait à faire face. Il assène : « Vous savez, avant vous, je me souviens de ce que disait Guy Spitaels, puis Elio Di Rupo… Tous les dix ans j’entends que ça ira mieux, que les transferts vont diminuer, et puis rien, c’est toujours la même chose. »

 

3. Pas d’ouverture sur le « Pacte d’investissements ».

Répondant aux questions des étudiants, qui s’inquiètent des relations entre les entités, Paul Magnette soulignera que Flandre et Wallonie font quand même pas mal de choses ensemble, il cite la sécurité, zoome sur le « Pacte d’investissements » dont le Premier ministre fédéral, Charles Michel, fait grand cas, se réjouissant ( « Prima ! » ), dit-il, de voir le gouvernement fédéral se montrer « plus flexible » , et s’ouvrir à la coopération avec les Régions, a fortiori avec la Région wallonne.

Bien. Sauf que Geert Bourgeois ne relève pas – ou on a été distraits. Il dévie le propos, parle, lui, de « deux démocraties dans ce pays » , ce dont témoignent, entre autres, les divergences de vues sur le traité TTIP, ou la poussée du PTB dans les sondages au sud du pays qui, à l’entendre, enfonce un peu plus la Wallonie dans le « socialisme » dont il fait un épouvantail.

 

4. Pas de concession sur la stratégie confédérale – plus pratico-pratique que l’indépendance.

Paul Magnette loue la solidarité interpersonnelle qui est l’abc de la Sécurité sociale et, malgré les difficultés, malgré les tensions, malgré les antagonismes, juge que l’Etat fédéral fonctionne toujours… « E pur si muove », dit-il, dans une citation attribuée à Galilée, qui, en plein obscurantisme religieux, au XVII e siècle, maintint que la Terre tourne autour du Soleil.

Geert Bourgeois ne parle pas la même langue. Il juge que l’Etat fédéral est défaillant. Voit, on l’a dit, deux peuples, deux démocraties dans ce pays qui n’est plus un Etat. Et réitère son objectif confédéraliste, qui est l’étape (les constitutionnalistes l’affirment) vers la scission, même si le ministre-président, dans une interview au Knack et au Vif (lire ci-contre), soutient que l’« indépendance », dans son acception héritée du XIX e siècle, n’est plus le terme adéquat, le concept idoine. Quid de l’article 1 des statuts de la N-VA dans ce cas ? Geert Bourgeois ne s’embarrasse pas. Pas romantique, il vise le confédéralisme, qui induit la scission. Une autre façon de faire. Pratico-pratique. Un peu Ikea, une pièce à la fois.

Le Soir, pag. 4.

← Back to overview